La transmission familiale concerne une part importante des PME françaises, mais elle est souvent abordée trop tard ou sous le seul angle fiscal. Le bon montage dépend de trois paramètres : vos besoins financiers pour l'après, l'équité entre vos enfants (repreneurs ou non), et la capacité du repreneur à diriger.
La donation avec pacte Dutreil : l'outil central
Le pacte Dutreil permet de transmettre les titres d'une entreprise avec un abattement de 75 % sur la valeur taxable, sous réserve d'engagements collectifs et individuels de conservation des titres et de poursuite de l'activité. Combiné à l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant (renouvelable tous les 15 ans) et à la réduction de droits de 50 % en cas de donation en pleine propriété avant 65 ans, il permet souvent de transmettre une PME familiale pour un coût fiscal très faible.
Exemple chiffré simplifié
Pour une entreprise valorisée 2 000 000 € transmise par un parent à un enfant unique : après abattement Dutreil de 75 %, l'assiette taxable tombe à 500 000 € ; après l'abattement personnel de 100 000 €, il reste 400 000 € soumis au barème. Les droits, encore réduits de moitié si le donateur a moins de 65 ans, deviennent très inférieurs à ce qu'aurait coûté une transmission non préparée.
Donner, vendre, ou les deux ?
La donation pure
Adaptée si votre retraite est déjà financée par ailleurs. Elle peut léser les enfants non-repreneurs : la donation-partage permet de rééquilibrer avec d'autres actifs.
La vente aux enfants
Le FBO (Family Buy Out), cousin familial de l'OBO, consiste à faire racheter l'entreprise par une holding constituée par l'enfant repreneur, souvent financée par emprunt et crédit vendeur. Vous percevez des liquidités ; l'enfant repreneur paie l'entreprise — ce qui règle d'emblée la question de l'équité successorale. Notre comparatif donation vs cession détaille les deux logiques.
Le montage mixte : donation-cession
Le schéma le plus courant en pratique : vous donnez une partie des titres (avec Dutreil) et vendez le solde à la holding de reprise familiale. La donation purge la plus-value sur les titres donnés — un effet puissant détaillé dans notre article sur la donation avant cession — pendant que la vente vous procure le capital retraite.
Le démembrement : transmettre sans perdre les revenus
La donation de la nue-propriété des titres avec réserve d'usufruit vous permet de conserver les dividendes et une partie du contrôle, tout en réduisant l'assiette des droits (la valeur de la nue-propriété dépend de votre âge). Le démembrement de propriété se combine avec le pacte Dutreil sous certaines conditions de répartition des pouvoirs.
Les erreurs classiques de la transmission familiale
- Attendre la succession au lieu d'anticiper : les droits sont alors pleins et la gouvernance improvisée ;
- Imposer la reprise à un enfant qui n'en veut pas — ou écarter sans le dire ceux qui n'en sont pas ;
- Négliger la valorisation indépendante : elle protège contre les redressements et les conflits familiaux ;
- Oublier votre propre sécurité financière : ne donnez jamais ce dont vous pourriez avoir besoin.



