Rédigé parQuentin GuenotLa garantie d'actif et de passif (GAP) est une clause contractuelle incontournable dans les cessions de PME. Elle protège l'acquéreur contre les risques antérieurs à la vente qui se révéleraient après le closing : passifs cachés, litiges non déclarés, redressements fiscaux ou surévaluation d'actifs.
Définition de la garantie d'actif et de passif
La GAP est un engagement contractuel par lequel le vendeur garantit à l'acquéreur que les comptes de la société cédée reflètent fidèlement sa situation financière à la date de cession. En cas de passif non déclaré (dette, litige, redressement) ou de surévaluation d'actif (créance irrécouvrable, stock obsolète), le vendeur s'engage à indemniser l'acquéreur.
C'est le mécanisme de protection principal de l'acquéreur dans une cession de titres.
Comment fonctionne la GAP ?
Les éléments clés
- Plafond (cap) : montant maximum d'indemnisation. Généralement entre 20% et 100% du prix de cession pour les PME.
- Franchise ou seuil de déclenchement : montant en dessous duquel le vendeur n'est pas tenu d'indemniser. Évite les micro-réclamations.
- Durée : 18 mois à 3 ans pour les garanties générales, jusqu'à la prescription pour les garanties fiscales et sociales.
- Séquestre : une partie du prix (5 à 15%) peut être placée en séquestre pour garantir l'exécution de la GAP.
Exemple concret
Lors de la cession d'une PME de BTP à 6M€, la GAP prévoit un plafond de 2M€ (33% du prix), une franchise de 50K€ et une durée de 24 mois. Six mois après le closing, un redressement URSSAF de 180K€ est notifié sur un exercice antérieur à la cession. L'acquéreur active la GAP : le vendeur indemnise 130K€ (180K€ - 50K€ de franchise).
Points de vigilance
- Pour le vendeur : limiter le plafond, raccourcir la durée, augmenter la franchise. Bien déclarer tous les risques connus pour éviter la mise en jeu de la garantie.
- Pour l'acquéreur : négocier un plafond suffisant, un séquestre couvrant les 12-18 premiers mois, et des déclarations du vendeur (representations & warranties) exhaustives.
- Assurance GAP (W&I) : pour les opérations de plus de 5M€, une assurance garantie de passif peut couvrir les deux parties et faciliter la négociation.
FAQ
La GAP est-elle obligatoire ?
Non, mais elle est présente dans la quasi-totalité des cessions de titres de PME. Sans GAP, l'acquéreur assume tous les risques antérieurs à la cession, ce qui se traduit généralement par un prix plus bas.
Quelle différence entre GAP et garantie de passif ?
La garantie de passif ne couvre que les passifs cachés, tandis que la GAP couvre aussi la surévaluation des actifs. La GAP est plus protectrice pour l'acquéreur et donc la formule standard en M&A PME.
Les quatre paramètres qui se négocient
Une garantie d'actif et de passif se résume à quatre chiffres, dont la combinaison compte plus que chacun pris isolément.
La durée. Elle s'aligne généralement sur les délais de prescription : plus longue pour le fiscal et le social, plus courte pour le reste. Une garantie qui court trop longtemps maintient le cédant exposé des années après avoir encaissé.
Le plafond, exprimé en pourcentage du prix. C'est la limite de l'exposition. Un plafond élevé donne à l'acquéreur une sécurité qu'il paiera dans le prix ; un plafond bas fait l'inverse.
La franchise, en dessous de laquelle aucune réclamation n'est recevable. Elle évite les contentieux sur des montants dérisoires. Deux formes existent : la franchise absolue, qui ne rembourse que la fraction au-delà du seuil, et le seuil de déclenchement, qui rembourse tout dès qu'il est franchi. La différence est considérable.
La contre-garantie — séquestre, garantie bancaire, caution. C'est elle qui détermine si l'indemnisation est effective : une garantie sans contre-garantie ne vaut que par la solvabilité du cédant.
Ce que la garantie ne couvre pas
C'est le point qui protège le mieux un cédant, et il se construit pendant l'audit.
Ce qui a été communiqué et consulté ne peut plus être invoqué. Un litige signalé dans la data room, dont l'acquéreur a eu connaissance, sort du champ de la garantie. C'est l'objet de l'annexe de divulgation, qui recense ces éléments et qui vaut, en pratique, autant que les déclarations elles-mêmes.
D'où deux conséquences pratiques : tout faire passer par la data room plutôt que par courriel, et soigner la rédaction de cette annexe autant que celle du contrat.
La garantie ne couvre pas non plus les faits postérieurs à la cession, la mauvaise gestion de l'acquéreur, ni les évolutions de marché. Elle porte sur des passifs dont l'origine est antérieure et qui se révèlent après.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une garantie d'actif et de passif ?
Un engagement du cédant d'indemniser l'acquéreur si un passif dont l'origine est antérieure à la cession se révèle après, ou si un actif s'avère inférieur à ce qui avait été déclaré. Elle prolonge l'exposition du vendeur bien après l'encaissement du prix.
Est-elle obligatoire ?
Aucun texte ne l'impose, mais aucun acquéreur sérieux n'y renonce. Sans elle, il supporterait seul le risque de ce qu'il n'a pas pu constater pendant l'audit — et il le compenserait dans le prix.
Combien de temps dure-t-elle ?
Généralement de deux à cinq ans, avec des durées plus longues sur le fiscal et le social, alignées sur les délais de prescription. C'est un point de négociation à part entière.
Que couvre le séquestre ?
Une fraction du prix, immobilisée chez un tiers, qui garantit que l'indemnisation sera effective si une réclamation survient. Pour le cédant, trois paramètres comptent : le montant, la durée, et les conditions de libération — un séquestre libéré par étapes vaut mieux qu'un séquestre bloqué jusqu'au terme.
Comment limiter son exposition ?
En divulguant. Tout ce qui a été communiqué à l'acquéreur et consulté par lui sort du champ de la garantie. La data room et l'annexe de divulgation sont, à ce titre, les meilleurs outils de protection du vendeur — bien plus que la négociation d'un plafond.



