Valorisation & finance d’entreprise

Actif net réévalué (ANR) : formule, calcul et exemple

L'ANR recalcule les capitaux propres aux valeurs réelles du marché. Formule, retraitement poste par poste, fiscalité latente et exemple chiffré.

Actif net réévalué (ANR) : méthode patrimoniale de valorisation
Rédigé parQuentin Guenot

L'actif net réévalué mesure ce que vaudrait une entreprise si l'on vendait tout ce qu'elle possède et remboursait tout ce qu'elle doit, aux valeurs du marché et non aux valeurs du bilan. C'est la méthode de référence des sociétés à fort patrimoine.

L'actif net réévalué (ANR) est la valeur des capitaux propres d'une entreprise recalculée aux valeurs réelles de marché, et non aux valeurs historiques du bilan.

La formule tient en une ligne :

ANR = Actif réévalué − Dettes réévaluées

Ou, en partant du bilan comptable :

ANR = Capitaux propres comptables + Plus-values latentes − Moins-values latentes − Fiscalité latente

Pourquoi le bilan ne suffit pas

La comptabilité française enregistre les actifs à leur coût historique, diminué des amortissements. Un immeuble acheté 400 000 € il y a vingt-cinq ans et amorti apparaît au bilan pour une valeur résiduelle proche de zéro. Il peut en valoir 1,2 million.

À l'inverse, un stock déprécié, une créance sur un client en difficulté ou un matériel obsolète figurent au bilan pour plus qu'ils ne valent.

L'ANR corrige ces deux écarts. C'est un travail poste par poste, pas un coefficient appliqué au total.

Les retraitements, poste par poste

Les immobilisations corporelles

  • Immobilier : valeur vénale, établie par expertise ou par comparaison avec des transactions récentes. C'est presque toujours le retraitement le plus important en montant.
  • Matériel et outillage : valeur de revente sur le marché de l'occasion, qui peut être supérieure ou inférieure à la valeur nette comptable selon le rythme d'amortissement retenu.
  • Véhicules : cote de reprise.

Les immobilisations incorporelles

C'est le poste le plus délicat. Un fonds de commerce inscrit à l'actif peut être surévalué comme sous-évalué. Un brevet amorti conserve parfois une valeur d'exploitation réelle. À l'inverse, un écart d'acquisition (goodwill) issu d'une opération passée doit généralement être annulé : il représente une valeur payée autrefois, pas une valeur détenue aujourd'hui.

Les stocks

Les stocks à rotation lente, les produits déclassés et les séries anciennes se valorisent à leur prix de réalisation probable, pas à leur coût de revient.

Les créances clients

Les créances sont retenues pour leur montant réellement recouvrable. Un poste client de 800 000 € dont 60 000 € sont contentieux vaut 740 000 €, quelle que soit la provision comptabilisée.

Les dettes et les engagements hors bilan

Le passif se réévalue aussi, et c'est ce que l'on oublie le plus souvent :

  • les engagements de retraite (indemnités de fin de carrière), souvent non provisionnés dans les PME ;
  • les litiges en cours, à leur coût probable ;
  • les cautions et garanties données ;
  • les crédits-baux, dont le bien n'apparaît pas à l'actif alors que l'engagement existe.

La fiscalité latente

C'est l'oubli le plus coûteux. Si l'entreprise vendait effectivement son immeuble, elle réaliserait une plus-value imposable. Retenir la plus-value latente brute surévalue l'ANR d'un montant qui peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros.

En pratique, on retranche l'impôt qui serait dû sur les plus-values latentes. Le taux appliqué se négocie : intégralité de l'impôt théorique si une cession est envisagée à court terme, décote si l'actif a vocation à être conservé.

Un exemple chiffré

Une PME industrielle présente 1 200 000 € de capitaux propres comptables.

PosteValeur au bilanValeur réelleÉcart
Immeuble d'exploitation80 000 €950 000 €+ 870 000 €
Machines-outils300 000 €220 000 €− 80 000 €
Stocks450 000 €390 000 €− 60 000 €
Créances clients800 000 €740 000 €− 60 000 €
Engagements de retraite0 €70 000 €− 70 000 €

Somme des écarts : + 870 000 − 80 000 − 60 000 − 60 000 − 70 000 = + 600 000 €

Fiscalité latente sur la plus-value immobilière de 870 000 €, à 25 % : − 217 500 €

ANR = 1 200 000 + 600 000 − 217 500 = 1 582 500 €

Soit 32 % de plus que les capitaux propres comptables — et l'essentiel de l'écart vient d'un seul poste, l'immeuble.

Quand l'ANR est la bonne méthode

L'ANR est pertinent quand la valeur de l'entreprise tient à ce qu'elle possède, pas à ce qu'elle produit :

  • sociétés immobilières, foncières, holdings patrimoniales ;
  • entreprises détenant leur outil de production en propre ;
  • sociétés à rentabilité faible ou irrégulière, où les méthodes fondées sur les résultats donnent une valeur inférieure à celle du patrimoine ;
  • situations de liquidation ou de cessation, où seule la valeur de réalisation compte.

Ses limites, qui sont sérieuses

L'ANR ignore la rentabilité. Deux entreprises au patrimoine identique ont le même ANR, que l'une dégage 400 000 € de résultat et l'autre rien. C'est une photographie du bilan, pas une mesure de la capacité à générer du cash.

Pour une PME rentable, l'ANR donne donc presque toujours une valeur inférieure à celle qu'obtiendrait un multiple d'EBITDA ou un DCF. Il joue alors le rôle de plancher de valorisation : le prix en dessous duquel il vaudrait mieux vendre les actifs séparément que céder l'entreprise.

C'est ainsi qu'il faut le présenter en négociation — comme un seuil, pas comme une valeur.

Questions fréquentes

Quelle est la formule de l'actif net réévalué ?

ANR = actif réévalué − dettes réévaluées. En partant du bilan : capitaux propres comptables + plus-values latentes − moins-values latentes − fiscalité latente sur ces plus-values.

Quelle différence entre actif net comptable et actif net réévalué ?

L'actif net comptable est la simple différence entre l'actif et le passif exigible du bilan, aux valeurs historiques. L'actif net réévalué reprend ce calcul en substituant les valeurs de marché aux valeurs comptables, poste par poste, et en déduisant l'impôt latent. L'écart entre les deux mesure ce que la comptabilité ne dit pas.

L'ANR s'applique-t-il aux sociétés immobilières ?

C'est son terrain naturel. Pour une foncière, l'ANR est l'indicateur de référence : la valeur découle directement du patrimoine détenu, expertisé périodiquement, et la rentabilité n'est que la conséquence de ce patrimoine.

Faut-il déduire toute la fiscalité latente ?

Cela se négocie. Un acquéreur qui compte céder l'actif rapidement retiendra l'impôt en totalité ; un acquéreur qui conservera le bien acceptera souvent une décote, l'impôt étant reporté à un horizon lointain. C'est un point de discussion réel, pas une règle de calcul.

Un goodwill inscrit au bilan doit-il être conservé dans l'ANR ?

En principe non. Un écart d'acquisition traduit un prix payé lors d'une opération antérieure, pas un actif cessible. Le maintenir revient à faire payer deux fois la même chose à l'acquéreur.

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