Vendre son entreprise

Cession de titres ou de fonds de commerce : que choisir ?

Vendre ses titres ou son fonds de commerce : fiscalité, double imposition chiffrée et droits d'enregistrement. Comparaison pour dirigeants de PME.

Cession de titres ou cession de fonds de commerce
Rédigé parQuentin Guenot

Deux façons de vendre la même activité, et deux opérations juridiquement étrangères l'une à l'autre. Le choix oppose presque toujours vendeur et acquéreur — et l'écart de produit net pour le cédant se compte en centaines de milliers d'euros.

Céder ses titres, c'est vendre la société elle-même : l'acquéreur reprend tout, l'actif comme le passif. Céder son fonds de commerce, c'est vendre l'activité en laissant la société — et son passé — au vendeur.

C'est la première question à trancher dans une transmission, et elle se tranche avant la négociation du prix, pas après.

Ce que chacun emporte

Cession de titresCession de fonds de commerce
Objet venduLes parts ou actions de la sociétéLa clientèle, l'enseigne, le bail, le matériel
Ce qui suit l'acheteurToute l'entreprise, passif comprisLes seuls éléments listés dans l'acte
Le vendeur resteSans rienPropriétaire de la société vidée de son activité
Contrats en coursContinuent sans formalitéÀ reprendre un par un, sauf exceptions légales
SalariésContinuent sans changementTransférés de plein droit (art. L1224-1 du code du travail)
Qui paie l'impôt de plus-valueLe dirigeant, personne physiqueLa société, à l'IS
Passé fiscal et socialRepris par l'acquéreurReste au vendeur

Pourquoi les intérêts s'opposent

L'acquéreur préfère le fonds de commerce. Il choisit ce qu'il achète, n'hérite d'aucun litige antérieur, d'aucun redressement latent, d'aucun contrat déséquilibré. Et il peut amortir une partie de ce qu'il acquiert.

Le cédant préfère la cession de titres. Il sort proprement, encaisse le prix en direct, et n'est imposé qu'une fois.

Cette opposition n'est pas un détail de négociation : c'est souvent le premier point de blocage, et il vaut mieux l'aborder d'emblée que le découvrir à la lettre d'intention.

La double imposition, le vrai sujet

C'est ce qui rend la cession de fonds de commerce si coûteuse pour un vendeur, et c'est mal compris.

Quand la société vend son fonds, c'est elle qui réalise la plus-value, imposée à l'impôt sur les sociétés — 25 % au taux normal. Le produit reste alors dans la société. Pour le récupérer à titre personnel, le dirigeant doit se verser un dividende ou liquider la société : une seconde imposition s'ajoute.

Comparons sur un prix de 1 000 000 €, en supposant une valeur nette comptable du fonds proche de zéro et un dirigeant qui veut disposer des fonds personnellement :

Cession de titresCession de fonds
Prix1 000 000 €1 000 000 €
Impôt sur les sociétés (25 %)− 250 000 €
Reste dans la société750 000 €
Imposition personnelle− 314 000 € (PFU 31,4 %)− 235 500 € (PFU sur 750 000 €)
Net pour le dirigeant686 000 €514 500 €

L'écart atteint 171 500 €, soit plus de 17 % du prix. C'est l'ordre de grandeur qu'il faut avoir en tête avant d'accepter une cession de fonds de commerce, et il justifie souvent une différence de prix entre les deux formules.

Cet exemple est volontairement simplifié — la valeur nette comptable du fonds, d'éventuels reports déficitaires et l'existence d'un abattement du dirigeant partant à la retraite modifient le résultat. Le principe, lui, ne bouge pas : le fonds de commerce subit deux impositions, les titres une seule.

Les droits d'enregistrement

Ils sont à la charge de l'acquéreur, mais ils pèsent sur le prix qu'il peut offrir.

Cession de fonds de commerce — barème progressif, cumulant droit budgétaire et taxes départementale et communale :

Fraction du prixTaux global
Jusqu'à 23 000 €0 %
De 23 000 à 107 000 €3 %
De 107 000 à 200 000 €3 %
Au-delà de 200 000 €5 %

Cession de droits sociaux :

  • actions de SAS ou de SA : 0,1 % du prix ;
  • parts sociales de SARL : 3 %, après un abattement de 23 000 € proratisé selon la fraction du capital cédée ;
  • sociétés à prépondérance immobilière : 5 %.

L'écart est considérable. Sur une opération à 1 M€, la cession d'actions de SAS coûte 1 000 € de droits, contre environ 45 000 € pour un fonds de commerce. C'est un argument de négociation réel, et rarement mis sur la table par les cédants.

Quand la cession de fonds s'impose malgré tout

Elle n'est pas toujours subie. Elle devient la bonne solution quand :

  • la société porte un passé lourd — contentieux, contrôle en cours, historique fiscal incertain — qu'aucun acquéreur n'acceptera de reprendre ;
  • le dirigeant ne cède qu'une branche de son activité et conserve le reste ;
  • la société détient des actifs à conserver, typiquement l'immobilier d'exploitation, qu'il souhaite garder et louer au repreneur ;
  • l'acquéreur ne finance qu'à cette condition, sa banque refusant de reprendre une société inconnue.

Dans ces cas, le surcoût fiscal se négocie dans le prix : un cédant averti demande une compensation, puisque l'acquéreur obtient une sécurité qu'il n'aurait pas autrement.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre vendre son fonds de commerce et vendre sa société ?

Vendre la société, c'est céder les titres : l'acquéreur reprend l'entité juridique avec tout son contenu, actif et passif, passé compris. Vendre le fonds, c'est céder les seuls éléments d'exploitation — clientèle, enseigne, bail, matériel — en gardant la société, qui subsiste vide de son activité et conserve son historique.

Laquelle est la plus avantageuse fiscalement pour le vendeur ?

La cession de titres, dans l'immense majorité des cas, parce qu'elle n'entraîne qu'une imposition. La cession de fonds en produit deux : l'impôt sur les sociétés sur la plus-value, puis l'imposition personnelle lors de la sortie des fonds. L'écart dépasse couramment 15 % du prix.

Les salariés sont-ils transférés dans une cession de fonds de commerce ?

Oui. L'article L1224-1 du code du travail transfère de plein droit les contrats de travail en cours au repreneur, avec leur ancienneté et leurs conditions. C'est une conséquence légale, pas une clause négociable.

Le bail commercial suit-il automatiquement ?

Il fait normalement partie du fonds cédé, mais le contrat de bail comporte souvent une clause d'agrément du bailleur ou une obligation de l'informer. C'est l'un des points à vérifier en tout premier : un bail non transférable peut rendre l'opération sans objet.

Peut-on vendre le fonds puis liquider la société ?

C'est un schéma courant, mais il doit être anticipé. La liquidation fait apparaître un boni, imposable entre les mains de l'associé. Le coût total se calcule avant de choisir la formule, pas après la vente.

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